Yves du Manoir

« On peut s'arrêter quelques instants devant le monument érigé à la mémoire d'Yves du MANOIR. Les anciens se rappellent sûrement de cette matinée grise, endormie du 2 janvier 1928. La campagne enveloppée dans un cocon de brouillard attend, dans la patience de l'hiver un éventuel dégagement du ciel. Vers 10 heures du matin, un ronronnement d'avion, de plus en plus accentué trouble ce silence pour se terminer dans un fracas de bois cassé. »

Claude Nerrand

UN HÉROS VIENT DE MOURIR À REUILLY, AGÉ DE 23 ANS.

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   Yves du ManoirYves Frantz Loÿs Marie Le Pelley du MANOIR est né le 11 août à Vaucresson, près de Versailles. Ses parents, le vicomte et la vicomtesse Le PELLEY séjournent en cette période, pour quelques jours dans cette commune, habitant généralement Paris, rue de Rennes.

Dès son enfance, protégé par on ne sait quelle flamme, Yves du MANOIR a reçu plusieurs dons de la nature. D'une énergie forte et peu commune, intelligent, physiquement agréable et élégant,il domine surtout dans les sports, le tennis, l'athlétisme et brille telle une étoile au rugby.

Dans ce sport, sa popularité explose un jour de janvier 1925 lors d'un match international qui oppose au stade de Colombes les équipes de France et d'Irlande. Il est éblouissant.

Un journaliste écrira :

« Les premières fois qu'on vit apparaître dans l'équipe de France ce jeune garçon, la foule, qui ne choisit pas, mais se laisse aller à son instinct, lui consacra tout son enthousiasme ».

Admis à l'Ecole Polytechnique le 18 septembre 1924, il en sortit en 1926 et choisit l'aéronautique (active) avec le grade de Sous-Lieutenant.

La préparation de brevet de pilote au camp d'Avord, près de Bourges est sérieusement perturbée par les nombreux déplacements vers Paris, en raison des entraînements et matchs de rugby.

Le lundi 2 janvier 1928, il se désiste pour le match France-Ecosse à Colombes. Ce même jour, il veut et doit exécuter une épreuve de pilotage : le triangle Avord-Romorantin-Châteauroux sur un Caudron 59.

Accident d'Yves du ManoirLe pilote, sans repère, a-t-il voulu rechercher la ligne Paris-Toulouse ou identifier quelques points?

Sur le chemin de la Valterie, la mort a déjà déployé ses voiles et, comme un régiment aligné, les peupliers, qui bordent la rivière forcée, camouflés, emmaillotés de brumes, accrochent une roue...

Il ne reste plus qu'une longue plainte, un gémissement dans le frémissement des branchages... Celle de Yves Frantz Loys Marie Le Pelley du MANOIR.